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Alain Epron : La création de ma maison d’édition est un peu le résultat d’un concours de circonstance. Au départ, j’avais dans l’idée de développer un jeu (Mâamut) et de faire la tournée des éditeurs comme tout auteur qui se respecte. Mais la crise est passée par là avec un plan social en préparation dans mon entreprise où mon emploi était menacé. J’ai décidé de prendre les devant et de négocier mon départ afin de faire autre chose, plus proche de chez moi pour passer plus de temps avec mes enfants. L'idée de créer une maison d’édition a fait petit à petit son chemin et voilà. Les éditions Krok Nik Douil Editions étaient nées. Ensuite, le choix de m’auto-éditer a été pris par précaution. Je n’avais pas envie d’entrainer avec moi un auteur si mon projet capotait, mais dès le départ il était clair que je ne ferais pas que de l’auto-édition et que KND serait une vraie maison d’édition. La recherche de partenaire pour la fabrication a été simple car pas beaucoup de concurrence dans ce domaine. J’
ai fait le choix de différencier les intervenants et donc de ne pas passer par un prestataire unique, en privilégiant si possible une production en France, plus simple à suivre. Le choix s’est porté sur Ferriot Cric (Ndlr : que nous avions interviewé sur ce blog il y a quelques jours), pour tout ce qui est cartonnage, qui a l’avantage de ne pas être trop loin de chez moi et sur France Cartes. Par contre, pour les pions en bois, je passe par un fabricant allemand car ils ont l’avantage d’avoir du stock dans les pions classiques. Ces choix engendrent des coûts de fabrication plus élevés mais bon, la qualité est au rendez-vous et pour moi c’était important. Pour la commercialisation, le problème a été résolu très vite. S’auto distribuer était une erreur à ne pas commettre donc dès le début j’ai recherché un distributeur. J’ai contacté Millennium qui ont accepté le marché très rapidement et peu de temps après, j’ai été contacté par Asmodée qui était aussi intéressé pour distribuer le jeu. Comme j’avais déjà donné mon accord oral à Millennium j’ai poursuivi avec eux. Il ne restait plus qu’à trouver une ligne éditoriale pour ma maison d’édition et sachant la difficulté qu’ont les jeunes auteurs (pas au niveau de l’âge mais en terme de jeux édités) à se faire éditer, j’ai pris le pari d’éditer et de donner une chance principalement à ceux-ci.
Alain Epron : Pour Samarkand, qui est le deuxième jeu produit par KND, les choses se sont faites très vite. J’étais présent au Festival d’Ugine début décembre pour représenter le jeu Froutch la fée qui participé au concours de création et que KND va éditer fin 2010 et j’ai découvert le jeu « Babaorum » qui était lui aussi en compétition. Ce jeu m’a tout de suite plû et à la fin du week end, on était tombés d’accord avec l’auteur, avec l’objectif de sortir le jeu pour le festival de Cannes. Ce fut un bon choix car si « Froutch la fée » a gagné les Charvin d’Or du concours, « Babaorum » a, quant à lui, remporté le prix du jury. Après, juste le temps de revenir chez moi et d’envoyer le contrat à Bruno Fricout, l’auteur, et les choses étaient lancées. Le choix d’un illustrateur s’est fait rapidement. Loïc Billiau a accepté tout de suite les données du problème, à savoir illustrer le jeu en 3 semaines (délai avant de lancer la production). Je le remercie pour le travail qu’il a fait car ce n’est pas évident. Il a beaucoup donné de son temps pour réussir le pari de lancer la production tout début janvier. Avec Bruno, on a travaillé d’arrache pied pour apporter les modifications nécessaires au jeu (les chameaux et la version 3 joueurs). Bruno s’est chargé des tests en mettant toute sa famille à contribution pendant les fêtes de fin d’année. Je ne sais plus combien de parties de test ils ont dû supporter mais ce fut colossal, et début janvier, avec seulement deux jours de retard, on lançait la production chez France Cartes et Ferriot Cric. Bien entendu, entre temps le jeu a changé de nom pour prendre un nom plus parlant : Le marché de Samarkand. Manque de bol, un jeu portant quasiment le même nom est sorti juste en même temps chez Queen Games. Pure coïncidence.
« Froutch la fée » de Delphine Lemonnier (premier jeu pour elle aussi), va, quant à lui, lancer la gamme « enfant ». Pour parler du jeu, je reprendrai les paroles d’un autre éditeur à Cannes, qui a dit à propos d’un de ses jeux nominés à l’As d’Or: « Il y a des jeux qui sont des évidences… ». Pour moi, « Froutch la fée » en fait partie. Quand j’ai découvert le jeu sur Internet, je ne l’ai plus lâché. J’ai suivi toute ses pérégrinations jusqu’au Festival de Partenay l’année dernier où j’ai pris la décision de l’éditer, après l’avoir vu tourner pendant deux jours et avant même qu’il ne reçoive le prix « enfant ». Ce choix a été conforté lorsqu’il a obtenu le prix, puis quand il a raflé aussi la Grenouille d’Or à Panazol quelques mois après, et pour finir, le Charvin d’Or à Ugine. J’espère maintenant qu’il aura le même succès dans sa version éditée. On a mis toutes les chances de notre côté à ce niveau-là, en allant débaucher Piêro en personne pour faire le travail d’illustration. Le prototype, qui est encore en cours d’affinage a reçu un très bonne accueil à Cannes cette année avec déjà plein de personne qui attendent sa sortie en boutique. Il y a même une personne qui voulait acheter le prototype. Je fonde beaucoup d’espoir sur ce jeu-là.